Du 7 au 11 mars : Cyril, Kévin et Anaïs étaient à Grande-Synthe

Le retour d’Anaïs qui était à Grande-Synthe avec Cyril, Kévin du 7 au 11 mars :

Cyril, Kévin et moi sommes arrivés au camp de la Linière à Grande-Synthe lundi 7 mars. Nous rencontrons immédiatement les coordinateurs d’Utopia 56, Yann, son fils Gaël, et Céline. Nous est tout de suite donné la mission à moi et Cyril de surveiller l’une des entrées du camp, par laquelle les réfugiés ne doivent pas passer. Deux heures à tenter de s’occuper, tout en observant de loin l’installation du camp par Médecins Sans Frontières et Utopia 56.

C’est aux alentours de midi que les premiers réfugiés déménagent de la jungle jusqu’au camp, la plupart par bus. Il leur faut alors passer par MSF, qui se charge ensuite de leur fournir des "welcome kits" puis de leur attribuer des cabanes et leur donner les clés. Nous les aidons à porter leurs affaires tout en tentant d’instaurer un dialogue afin qu’ils se sentent les bienvenus. Le tout est un peu confus, les salariés d’MSF et les bénévoles étant débordés par des arrivées bien plus nombreuses que prévues.

Les coordinateurs nous confient des missions variées, des informations contradictoires fusent…On sent que cette première journée est une épreuve pour les coordinateurs qui ne s’attendaient pas à recevoir autant de monde en si peu de temps. Malgré tout, chapeau à eux pour avoir su garder leur sang-froid dans ces conditions. 

Quand la journée s’achève, nous apprenons qu’il n’y a pas assez de place pour loger toutes les personnes ayant déménagés ce lundi. Des tentes sont donc montées à la dernière minute pour accueillir les familles à qui l’on n’a pas attribué de cabanes. 

Mardi matin c’est à peu près le même ballet qui se met en place, bénévoles qui cherchent quelles missions remplir, réfugiés qui arrivent encore en nombre. Nous leur fournissons l’aide que l’on peut. Des distributions de repas, de vêtements et de couvertures se mettent en place. 

Nous donnons un coup de main aux équipes de MSF pour monter de grandes tentes qui accueilleront des familles. Un bon briefing concernant le montage et c’est parti pour un concert de maillets et de sardines qui durera toute la journée. Il en sera montées des dizaines de mardi à jeudi. 
 
En travaillant aux sanitaires nous rencontrons l’équipe de l’AFEJI, entreprise chargée du nettoyage des toilettes et douches. Les sanitaires ne sont ouverts que de 10 à 17h, et nous apprenons que des gens se retrouvent donc sans toilettes au beau milieu de la nuit, pratique ! Les ballons d’eau chaude n’en fournissent pas assez, quelques bagarres sont évitées devant les douches, où c’est un peu la loi du plus fort, et à qui arrivera assez tôt pour avoir droit à se laver à l’eau chaude. Tous trouvent en tous cas que ces sanitaires valent bien mieux que ce à quoi ils avaient droit dans la jungle de Grande-Synthe.

Les problèmes logistiques auxquels il fallait s’attendre se régleront au fur et à mesure. Il ne faut pas oublier que ce camp a été construit dans l’urgence.
Nous passons la journée de mercredi à faire des allers-retours entre Dunkerque et Calais afin de vider le local que nous avait prêté l’asso des Amis de Jacques Bialski, et d’emmener ces dons à l’auberge des migrants. C’est à l’auberge que sont entreposés des dons venus de la france entière, dans un immense hangar de plus de 3000m2 où travaillent des bénévoles, anglais pour la plupart. Des camions pleins y arrivent en continu, puis les dons sont triés sur place, afin d’être redistribués à Calais et Grande-Synthe. 
 
Je passe l’après-midi avec mes copains Kurdes. Certains parlent anglais, d’autres approximativement et moi je me mets petit à petit au kurde afin d’échanger avec eux. Nous rions beaucoup, buvons énormément de thé…Je ne parlerai pas des réfugiés dans leur ensemble car je n’ai crée de liens qu’avec peu d’entre eux pour l’instant. Mais je sens une grande fraternité entre ces gens, et aussi un immense soulagement d’avoir quitté la jungle pour un lieu bien plus humain et digne. 
Ici, pas de boue juqu’aux genoux, pas d’insalubrité et de déchets qui s’amoncellent. Par contre, les cabanes sont exigües et la promiscuité au rendez-vous…
 
Jeudi, avant dernier jour, nous nous rendons à nouveau à l’Auberge des migrants afin d’en ramener des "welcome kits" en grand nombre, ainsi que des serviettes, duvets, couvertures et matelas. 

Le camp a maintenant ouvert il y a quatre jours et l’on observe les gens finir de s’installer, prendre leurs marques. Les familles et enfants circulent librement, mais sans vraiment se mélanger aux hommes célibataires. Eux se réunissent le plus souvent sous un grand préau se situant à l’entrée du camp, où ils rechargent leurs téléphones avant d’appeler leur famille, discutent, achètent et vendent des cigarettes. C’est pour l’instant le lieu de vie attitré du camp, mais il devrait bientôt être remplacé par de vraies structures dédiées à la culture, à l’apprentissage et aux échanges. Nous avons rencontré des Suisses qui construisaient une yourte entre deux rangées de cabanes. Ils espèrent que cette yourte deviendra à long terme un lieu ou les familles et les enfants pourront se réunir. 

Nous quittons le camp vendredi midi, après avoir passé la matinée à remplir nos dernières missions. 

La frustration et le sentiment de ne pas avoir fait assez sont bien sûr inévitables mais nous reviendrons le plus vite possible. Un départ s’organise déjà pour le weekend du 24 mars et croyez-nous, il reste beaucoup à faire.


 

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