Lundi 8 février : Premier convoi brestois

Lundi 8 février, 20h.
Départ du 1er convoi brestois !

Six chauffeurs, deux camions 20 m3, direction Grande-Synthe (près de Dunkerque) dans le camp de Basroch.

4h du matin, arrivée chez Jessica, bénévole pour MSF, rencontrée lors du voyage précédent. Merci Jessica pour ton accueil royal.

8h30 le 9 février.
Opération courses. Nous complétons le camion d’une commande de la cantine. Noëlle, la référente, nous a demandé du sucre et de l’huile en plus, leurs étagères sont vides.

Nous complétons les courses par 50 packs d’eau. Les bouteilles d’eau valent de l’or sur le camp tant l’eau est une denrée rare. Mêmes les douches peuvent se retrouver à sec, parfois pendant plusieurs jours. Quant à la cantine, elle fonctionne avec de l’eau non potable stockée dans des cuves. Pour pallier ce manque d’eau et réchauffer les réfugiés, le thé est servi en continu, mais les bénévoles sont parfois obligés de céder devant l’insistance des migrants qui réclament cette eau insalubre.

Question sanitaire, c’est plus que la grande misère. Le camp ne dispose que de deux points d’eau potable, 48 douches et 32 toilettes, soit une pour plus de 80 réfugiés. Un camp de réfugiés "normal" propose au minimum une toilette pour 20 personnes, chiffres de décembre pour 2500 réfugiés. Fin janvier, ils étaient plutôt 3000.

9h30 : accès au camp refusé. Le camion restera bloqué 3 heures. Merci à François et l’association Les Amis de Jacques Bialski (AJB) pour leur patience et efficacité. 3 heures sous la pluie, pendant lesquelles nous rentrons discrètement à pied, le camp n’est pas grillagé. Là, nous découvrons un camp de boue, de tentes avachies et détrempées, des tas de déchets, les pleurs des bébés dans le froid et l’humidité de leur tente, les jeunes enfants au réveil difficile... Le camp est encore désert. La nuit a été longue pour ceux qui ont essayé de passer. Les bottes s’enfoncent, nous tentons d’avancer sur des chemins incertains de palettes, de bout de planches, dans la boue.

Arrivés au centre du camp, Les bénévoles des différentes associations, commencent leurs actions : ramasser les déchets, nettoyer les toilettes, les douches, vider des camions.

A la cantine, le thé est prêt et réchauffe les 1ers arrivants... Les bénévoles s’activent pour préparer les repas chauds de la journée.
A l’école, Zoé, une des deux bénévoles, nous dit qu’il pleut trop que les enfants ne viendront pas. Ils resteront à l’abri dans leur tente de fortune et pour cause, les vêtements sont à consommation unique. Pas d’électricité ni de machine à laver, pas de sèche-linge... Juste de la boue et des rues de tentes : rue Manuel Valls, rue Hollande, Hope Street ... Pourtant dans cette école faite de planches et de bâches, les enfants auraient pu enlever leurs chaussures et profiter de la chaleur du poêle à bois sur des tapis secs. Ils auraient pu écrire, dessiner, jouer assis à une table ou encore accéder à la bibliothèque. Environs 200 enfants vivent dans ce camp. Finalement quelques uns d’entre-eux arriveront plus tard, dans l’après-midi quand la pluie aura cessé.

12h30, le haillon du camion s’ouvre enfin, au centre du camp, bien réveillé à présent.
Les bouteilles d’eau sont distribuées, maximum 3 par personne, à une vitesse folle. Combien seront revendues un peu plus loin ? Une chaîne humaine se crée de l’autre côté pour les cartons de la cuisine, tous bien marqués, afin que les bénévoles n’aient pas un travail supplémentaire de tri. Les journées sont longues en cuisine et les nuits souvent agitées. Certains bénévoles comme Noëlle, dorment sur place afin d’éviter les portes cassées et les vols. Ces vols qui alimentent le marché noir du camp. Trafic de couvertures, de vêtements, de nourriture, de tabac, de téléphones en charge sur une des rares prises électriques du camp... tout est bon pour trafiquer. Depuis, nous avons appris que 7 personnes ont été arrêtées.
Tous les camions qui arrivent, favorisent cette situation en ne distribuant qu’au centre du camp. Mais qui va tout au fond, jusqu’au camp des familles ? Elles sont souvent les dernières au courant qu’une distribution est en cours... Le déchargement pour la cuisine est terminé. C’est la fin de notre stock d’eau. Un homme arrive, je lui dis qu’il ne peut avoir "only 3 bottles". Il me regarde et j’ai honte. Je comprends que c’est un père de famille. Il repart en serrant contre lui son pack d’eau comme un trésor.

Le camion vidé, notre mission est presque finie. Mais il y a encore beaucoup à faire : retourner à l’école et donner les lettres écrites en anglais par des enfants brestois pour les enfants du camp.
Grand moment d’émotion qui recharge les batteries, éclats de rires, sourires, merci aux enfants brestois d’apporter leur soutien. Un lien de plus se crée entre les réfugiés de Basroch et Brest.

Ne reste plus qu’à vider le 2ième camion dans un hangar au sec, merci AJB.

Une nuit encore à rouler,à échanger et réfléchir à la suite.

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